Blind Paintings

Une exposition personnelle de Cécile Bart
Du 18 mai au 1er juillet 2017



Blind Paintings

Du 18 mai au 1er juillet, Cécile Bart présente plusieurs œuvres nouvelles dans le project room de la galerie Valentin, à Paris; deux écrans/collages, un opaque et un mixte.

Les peintures/écrans opaques sont réalisées en superposant deux passages à la brosse spalter, le premier, de couleur claire, le second,de couleur sombre, ceci sans qu’un essuyage vienne déboucher la trame du Tergal «Plein jour». Il en résulte des peintures très saturées en comparaison des peintures/écrans que l’on connaît d’ordinaire, avec même quelque chose d’antinomique au regard du support transparent utilisé, comme une démonstration a contrario.

Les deux écrans/collages sont constitués chaque fois d’une peinture/écran opaque qui recouvre en partie une peinture/collage directement marouflée sur le mur. Le premier, noir sur jaune, recouvre un collage noir-chocolat, le second est un opaque blanc qui entre en résonance avec un collage coloré clair.

Une autre peinture/écran, isolée, opaque noir sur jaune, est également présentée.

Mixte est une peinture/écran carrée, comportant une zone opaque, carrée également, qui vient en boucher partiellement la possible transparence.

Avec ces nouvelles œuvres, Cécile Bart explore des sentiers fragiles dans un labyrinthe pictural qu’elle semble s’ingénier à complexifier. On retrouve les dialectiques liées au champ pictural qui ont été jusque là sa marque de fabrique: transparence/opacité,face/profil, clair/obscur, cadrage/décadrage…

Mais la peinture s’affirme aussi, dans les opaques et dans le mixte, en tant que véhicule. Les traces de brosse et d’essuyage prennent le dessus, sans qu’il s’agisse pour autant d’un quelconque expressionnisme. Quant aux collages qui abandonnent les vertus décoratives et séduisantes que l’on a pu aimer, ils viennent doubler et hanter sourdement les peintures/écrans, tels des fantômes.

Cécile Bart poursuit une œuvre singulière qui met en scène tour à tour, la peinture, le jeu entre sa profondeur et sa surface, sa modulation par la lumière, le tableau comme écran, le regard et la place du spectateur. Ces dernières années, elle a considérablement élargi la palette de ses moyens d’intervention, tout en conservant l’outil d’investigation qu’elle avait mis au point dans la seconde moitié des années 1980.

Les peintures/écrans – du Tergal « Plein-jour », peint et essuyé de telle façon qu’il conserve une relative transparence, puis transféré sur un châssis métallique – furent donc ce premier «outil»: c’était inventer une peinture qui laisse voir l’espace environnant, une peinture de situation, confrontée à la lumière du lieu qui l’accueille, à son ambiance, mais aussi et surtout au regard du spectateur.

Les peintures/écrans peuvent «à la limite» être accrochées au mur; elles sont alors nommées tableaux. En position marginale dans l’œuvre de Cécile Bart, ceux-ci semblent vouloir y former comme un point de raccordement avec la peinture (de chevalet!) et son histoire classique.

Les peintures/collages, elles, sont faites du même tissu, peintes de la même manière, mais directement marouflées sur le mur ou sur un support. Là où les peintures/écrans manifestent une proximité avec l’architecture intérieure et l’histoire de l’environnement dans l’art contemporain, elles explorent davantage les registres du «décoratif».

Chaque peinture est également l’occasion de réaliser des échantillons, dont l’ensemble forme un copieux nuancier. Ce sont des carrés de 90 x 90 cm, qui peuvent être disposés au sol en superpositions, ou dont la présentation individuelle, au mur, est laissée libre.

L’utilisation de fils de laine et de coton de couleur, tendus verticalement, a enrichi la palette de ces premiers « outils » optiques. Ces lisses jouent tout autant avec la multiplication des effets de profondeur, d’angles de vue, de changements de nuances et de couleurs, de modulation de la lumière.

La plupart des travaux de Cécile Bart requièrent la lumière du jour afin d'être vus dans de bonnes conditions. Exception à cette règle, les projections d’ombres et de lumières, en lien ou non avec des écrans peints, acceptent, elles, la pénombre, et renouent avec la fantasmagorie.

Chaque type d’œuvre, chaque exposition de Cécile Bart se propose donc comme une expérience à vivre dans une certaine durée, différente pour chacun des visiteurs.

Cécile Bart invite donc aux mouvements, aux déplacements latéraux, aux panoramiques, au jeu avec la profondeur de champ, bref aux effets de caméra. C’est que de façon discrète et paradoxale, mais néanmoins profonde, son art est en effet nourri de cinéma. Elle s’est expliquée à plusieurs reprises sur ce «cinéma in situ et en temps réel».

«... Le spectateur que suggèrent les œuvres de Cécile Bart n’est pas le spectateur statique et passif de la scène. Il est un corps et un esprit en mouvement, qui appréhende, par la vision, des objets – séparément et en lien les uns avec les autres – en même temps qu’il est imperceptiblement transformé par ces objets.»

(Éric de Chassey).

« Ce qui m’intéresse c’est comment ça regarde, comment circule le regard, où se trouve le spectateur, quelle est sa position et quel regard il porte aux choses et au monde. Tout une affaire de distance entre les êtres et les choses. »

(Cécile Bart)