"Splittin At The Seams"

Une exposition personnelle de Graham Wilson
Du 17 octobre au 30 novembre 2019



« «Splittin At The Seams», est un sondage bref et rigoureux de la pratique picturale en constante évolution de l’artiste. Cette seconde exposition personnelle à la galerie présente son permanent besoin d'expérimentation et l'omniprésence de son rapport à l’Histoire -tant populaire que personnelle- qu'il modèle par les formes et les couleurs. L'exposition nous plonge dans les conditions psychologiques du «grandir» dans l'Amérique moderne, de la relation de l'homme aux objets, et au-delà, des conséquences et des répercussions desdits objets, de leur processus de fabrication à leur acceptation.

L'aspect des plus singuliers de cette exposition réside en ce que Wilson tisse -au sens propre et figuré- les modes opératoires et créatifs. En cela l'hybridation des techniques et des supports fait intervenir des rouages intrinsèques aux œuvres autant qu'elle les fait résonner les unes par rapport aux autres. Rappelant un ensemble d’œuvres en stock de ses galeries, les détruisant, les réemployant il répond par ce geste drastique à la nécessité de faire des choix conscients pour avancer. A l’image d’une expérience scientifique, Wilson pousse les limites physiques des matériaux, et les liant à de nouvelles dimensions métaphoriques. Ces probants résultats donnent lieu à une multitude d’objets et d'assemblages que l’artiste examine et auxquels il trouve différentes issues. Le moment s’apparente à une situation d'urgence qui nécessite des solutions créatives à des matériaux extra-terrestres qui existent désormais en quantités impressionnante. Ces éléments sont palpables de manière manifeste dans l'installation «Downsizing», citation au film de 2017 dans lequel des individus sont soumis par des scientifiques à un processus de rétrécissement de la taille afin de limiter la consommation des ressources naturelles. La peinture de Wilson semble se décomposer graduellement en petites sculptures en forme de roche moulée “Condensed Paintings”. Les châssis et cadres fourrés dans un caddy de course comme poussés au travers de tubes à l’image de drains et recrachés sur des piédestaux bon marché. Les œuvres d'art décimées «DBL», moment culminant dans sa pratique et les compositions totales "Quilts" sont désormais complètement démantelées. Wilson en a gardé tous les morceaux d'une manière obsessionnelle, jouant alors une sorte de scénario spéculatif d’une fiction apocalyptique où il serait en quelque sorte confiné dans son studio avec seulement ces quelques moyens à sa portée pour produire.

Des fragments de ficelle se transforment en sculpture. Des fils de toile s'accumulent, s'agglomèrent les uns aux autres et se transforment en installations au mur ou au sol. Des grattages de peinture s'échappent du mur comme s'ils se décomposaient de l'intérieur. Des morceaux de peinture sont découpés et recomposés en des arrangements précis de blocs colorés, purs et ludiques, qui rendent simplement des mouvements directionnels, des montées, descentes, angles, anneaux, damiers, etc...

«Il semble que l'artiste ait ainsi franchit un nouveau seuil, et qu'il soit désormais revenu à un lieu de mesure, d'archétypes, envisageant son environnement dans une perspective conceptuelle. La pièce Homonymes qui met en œuvre quatre objets circulaires, tend à le montrer. Présentées lors d'une exposition à Milan en 2015, deux œuvres Trying To Hold It Together With Nothing But A Bunch Of Loose Ends, boule de ficelles déchiquetées, et Self Portrait At 26, nez de clown (simplement accroché à la hauteur de l'artiste sur un mur blanc lors de l'exposition), sont installées sous un cercle en pointillé suivi d'une flèche et de la mention «Cut Here» Wilson aime à montrer des interconnections entre toutes choses, abusant des homonymes, tentant de montrer que toute personne perçoit différemment les choses selon un point de vue propre. Les choses auxquelles on s'identifie sont issues d'un passé, d'une éducation, d'un environnement, d'une culture environnante. L'artiste ici, en utilisant ce simple texte en deux mots «Cut Here» suggère de la rupture de cet habitus culturel et prône une avancée vers la liberté.

La bataille entre création et destruction est une caractéristique persistante de son œuvre. Wilson repousse la limite mettant au loin ses sentiments, son attachement aux oeuvres. Il quitte l'idée d'un contrôle par le postula du "mon", d'un esprit régit par une dimension égotique et conditionnée par le passé. Ce double amorçage du contenu et de la structure, débute dès l'enfance. L'enfant apprend un groupe de sons qui devient un nom. L'enfant commence à assimiler un mot, avec qui, il, elle, ou eux sont. Ensuite, il apprend les mots "je", puis "moi", "mon" et "le mien".

Cela débute par une identification avec des objets, où les choses deviennent partie intégrante de l'identité de la personne. L'artiste se bat avec l'abandon de ces inclinations dans des œuvres comme idem, une poupée vaudou comme un autoportait piqué par l'outil principal de l'artiste : les aiguilles à coudre. Mucho Trabajo, une œuvre vidéo pour laquelle il fait équipe avec Dead Pan Club... (I Think You Missed The Joke) complète l'installation. L' œuvre a été montrée à l'occasion de l'exposition personnelle de Wilson à l'ARCO à Madrid en 2016. L'artiste est interviewé par la chaîne de TV "Tele Cinco" sur son travail. Wilson se moque clairement de lui-même, alors qu'il coupe et duplique les séquences vidéos pour simplement répéter dans un mauvais espagnol, "Je suis l'artiste Graham Wilson, c'est mon travail".

«La vidéo montre brièvement en boucle une image de l'œuvre à côté de laquelle elle est installée, comme une déconnexion du réel. Wilson la rattache au principe scientifique du "flashback", rappelant la genèse de ses propres luttes pour sa santé mentale, ayant été diagnostiqué bipolaire. Des études montrent que lorsque des patients revivent des flashbacks, la partie gauche de leur cerveau responsable de la pensée rationnelle ralentit, ce qui rend difficile la distinction entre ce qui est réel et ce qui ne l'est pas. Wilson poursuit ce rêve éveillé dans les autres œuvres, comme s'il n'était pas seulement confiné dans l'espace physique de ce processus mais aussi dans un espace mental, se remémorant l'Histoire collective tumultueuse de ses pairs, et des générations qui suivent, comme s'il était témoin en temps réel des conséquences induites.

«Les recherches menées par les « Centers for Disease Control» ont démontré qu'un Américain sur cinq a été agressé sexuellement dans son enfance ; un sur quatre a été battu par un parent au point d'y laisser une marque sur son corps et un couple sur trois est sujet à la violence physique. Un quart d'entre nous a grandi avec des parents alcooliques, et un sur huit a vu sa mère se faire battre. Dans Stuck In The Schema - jeu de mot sur le "schéma", qui en psychologie décrit un modèle de pensée ou de comportement qui organise des catégories d'informations et les relations entre elles - l'artiste montre une chambre à coucher installée en hauteur comme un présentoir. Le lit, cloué au mur, ne permet aucune possibilité de repos. Mais, peu importe, car ici le matelas inspire et expire comme s'il était une entité à part entière ; tandis que l'artiste commente la vivacité des effets du SSPT telle une insomnie.

Près de cette installation, les spectateurs rencontrent What Would Would Meek Do, une œuvre qui fait référence à son enfance, dans les années 90, lorsque la phrase "What Would Jesus Do ?", souvent abrégée en WWJD, est devenue particulièrement populaire aux États-Unis. Mais, la chute de l'Eglise est directement illustrée dans l'œuvre Irish Catholic, un ensemble de trois tableaux que Wilson accroche telle une crucifixion. Les éclats de peinture s'échouent sur les oeuvres comme si ces derniers se décomposaient depuis leur suspension. Dans l'oeuvre « What Would Meek Do ?», Wilson relie des figures de culte de Jésus à Meek Mill : leurs souffrances et les injustices du système carcéral américain où tous les jours des enfants sont enfermés et oubliés ; leur vie est sacrifiée avant qu'elle ait même commencé.

Ce concept est ostensiblement pointé dans Timeout, où l'on aperçoit un ours en peluche décrépit, rafistolé ; Self Portrait At 31, au coin, accroché et regarde à travers les barreaux d'une chaise Windsor. La phrase"Compter jusqu'à 100000000000000" à l'origine "Compter jusqu'à 100", désigne un temps révolu, d'une bande annonce sans suite d'un réel changement que les américains attendent depuis si longtemps De cette proposition, présentée au moment de la FIAC, où des personnes du monde entier se réuniront autour de leur intérêt pour l'art, Wilson espère changer la vision télévisée des Etats-Unis et à la place, exprimer l'opinion de ses pairs : leurs convictions d'empathie, d'évolution et d'égalité.