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Une exposition personnelle deVeit Stratmann
Du 2 décembre 2017 au 20 janvier 2018.



Au fond, je trouve étonnante l'histoire de cette exposition. Sans doute, à l'origine un retard, une lenteur semble avoir rendu le projet plus juste. Depuis longtemps, j'avais en tête l'idée de base. Mais le retard, la lenteur accusée ont resserré quelques vis, ajusté quelques pensées. Il me semble plus pertinent maintenant que l'exposition se matérialise, fin 2017, plutôt qu'à d'autres moments passés.

J'imaginais que le projet se devait d'être d'une «dédramatisation». Je cherchais, au plus possible, la manière la plus froide de faire exposition. J'envisageais cette froideur comme le nécessaire moyen de garder les pieds sur terre, de maintenir un ancrage. Je l'ai abordé comme un outil de recul et de centrage. Je voulais mettre à l'image un bloc de glace (au moins dans mon champ d'emprise) dans un environnement qui chauffe.

L'exposition n'est certainement pas un manifeste. Elle est construite depuis la volonté de mettre au premier plan l'outil de base de tout choix et de tout jugement – de toute prise de responsabilité - à savoir l'observation et la comparaison: les outils qui permettent de déduire et formuler un souhait et qui, par là, créent la possibilité d'assumer une position - qu'elle soit esthétique, politique ou autre.

A acter cette dédramatisation, à rendre possible cette nécessaire froideur, il semblait indispensable de concentrer un geste, de systématiser un champ de ma pensée plastique et de proposer le chemin de cette systématisation comme une forme.

La logique la plus évidente à agir dans ce sens, était de choisir une unité de base: la structure d'un module fait de deux éléments. Ils délimitent ainsi un espace, déterminent un territoire spécifique au monde dont le statut non prédéfini dépend du regard porté sur lui ou à partir de lui.

Ainsi les paires de modules, et l'espace qu'ils inscrivent, constituent une ponctuation de celui-ci, mais également du temps. Développés les après les autres dans l'espace, il faut passer devant, de l'un à l'autre, prendre du recul, faire quelques pas: y de passer un temps. A pouvoir rendre du recul, à rendre le passage le plus facile possible devant, chaque paire de modules se devait d'être plausible, aussi bien dans sa forme que dans sa matérialité. Ils ne se devaient étranges que, potentiellement, dans un second temps et donner toutes informations immédiatement.

Un dernier point: Pour opérer le plus efficacement une ponctuation de l'espace et du temps, de proposer l'ancrage dont je parle un peu plus haut, il me semblait également intéressant que chaque paire de modules puisse contenir le temps de son développement, raconter comment il était advenu. En cela, dans le contexte de l'exposition, chaque module est accompagné du dessin qui marque la fin de son processus de développement, condensant mentalement le temps passé.

Veit Stratmann, Porto, novembre 2017.