A la fois intuitive et programmatique, la pratique picturale de Stephen Felton semble au premier abord jouer avec l'archétype du geste « inspiré » du peintre : quelques lignes de peintures colorées tirées à main levée d'un seul trait, sur un fond blanc ou noir, dessinent les contours souples et schématiques d'une figure. Voici constituée la « méthode » Felton, protocole qui fournit une structure à l'intérieure de laquelle la spontanéité existe comme une forme d'apprentissage permanent, un savoir laisser faire, plus qu'un savoir faire passivement appliqué. Constitué avec une économie extrême de moyens, son lexique pictural, quasi-pictographique, s'établit à la lisière entre le symbole, la signalétique, le dessin automatique, l'illustration enfantine, l'ornement abstrait.

Pour sa nouvelle exposition à la galerie Valentin, l'artiste étend au domaine de la sculpture les principes de ses peintures : des figures découpées, émancipées du plan du tableau, flottent dans l'espace, suspendues à des fils reliés à des piliers en bois, construisant ici un système de relation dépendant de l'architecture, et de l'espace réel. Si ces formes planes et candides, souvent immédiatement identifiables, évoquent les systèmes de langage ou des codes visuels, elles résistent toutefois à toute lecture stable, univoque. Elles opèrent une mise en abyme de la fonction « véhiculaire », conductrice de la peinture : ainsi, chez Felton, l'insistance sur le trajet de la main rentre en écho avec toute une gamme de signes évoquant le transport, le passage, la direction (bicyclettes, vaisseaux, flèches, voiles, échelles, routes, escaliers, portes). Cependant, la réduction que l'artiste opère n'aboutit pas à un trait essentiel, mais à une impression visuelle pouvant prendre plusieurs aspects (un cercle pourra par exemple être vu comme une tache de couleur, une lune, une roue, un signe de ponctuation, un motif décoratif etc.). Ces formes nettement approximatives sont des signes flottants, malléables. Exprimant un rapport, plus qu'une image, elles acquièrent leur sens par leur usage, leur contexte de réception, de monstration, ou les rapports de proximité entre eux.

Face aux pièces de Stephen Felton, nous sommes ainsi partagés entre deux types de réactions. La première détache la forme comme une unité de sens pour l'insérer ensuite dans un système narratif que le spectateur a la charge de reconstituer. Une piste justifiée par le fait que l'artiste produit ses pièces en s'inspirant le plus souvent d'expériences de lecture, parlant aussi de son œuvre en termes de « storytelling » ; chaque tableau étant la traduction, la condensation en quelques aspects, d'une image textuelle qui serait ainsi offert comme un récit fragmentaire et elliptique dont le spectateur doit manipuler la syntaxe dans une sorte de « jeu de langage ». L'autre attitude, « matérialiste », consiste à percevoir dans la figure l'enregistrement d'une action, de sa temporalité et son échelle humaine. Présentée comme entièrement lisible et ouverte, le regard peut en s'en réapproprier la genèse.

Texte de Clara Guislain