Reconstructive memory. Exposition de groupe avec Michael Assiff, Gina Beavers, Nicolas Deshayes, Travess Smalley, Philipp Timischl, Hayley Tompkins. Commissaire:It’s Our Playground


Du 1er au 23 juillet 2016
Vernissage le jeudi 30 juillet de 18 à 21H



Reconstructive Memory est un terme Anglais emprunté à la psychologie cognitive signifiant que la mémoire n’est pas la reproduction fidèle d’événements passés mais une faculté de l’esprit reposant sur des processus de reconstruction des souvenirs. En fonction de nos émotions, de notre état de fatigue, de nos croyances, la reconstitution des épisodes vécus peut conduire à des distorsions, des altérations ou des faux souvenirs.

Depuis l’invention des outils informatiques, la course au stockage de données anime les débats technologiques. La machine se doit d’offrir toujours plus de mémoire pour nous permettre de préserver la nôtre. À la manière d’un moteur de recherche, notre cerveau utilise de plus en plus cette mémoire externe et invente des stratégies pour se libérer du trop plein d’informations engrangées. Il sait donc où aller chercher les renseignements dont il a besoin, sans avoir à stocker les contenus : une nouvelle façon de faire fonctionner notre acéphale se rapprochant d’une forme d’intelligence artificielle.

C’est maintenant devenu une habitude, sur Internet, la documentation précède les visites d’exposition. Ces images immaculées, débarrassées de toute imperfection, circulent à grande vitesse, se substituant souvent aux œuvres, ces dernières se devant avant tout d’être photogéniques. Dans Reconstructive Memory, nous accentuons encore la différence entre la rencontre physique avec les pièces et leur découverte à travers la documentation. En effet, si dans la galerie nous sommes en mesure de nous approcher des œuvres, l’expérience derrière l’écran, elle, est troublée par de larges filtres transparents imprimés et placés dans l’axe des pièces accrochées aux murs de la galerie, ne permettant qu’une vision partielle de celles-ci.

Qu’il s’agisse des peintures que Gina Beavers prend soin de modeler et peindre d’après des photographies glanées sur Google images ; des collages poétiques de Hayley Tompkins composés de publicités re-photographiées et arrangées dans des plateaux en métal galvanisé ; des tableaux thermoformés intestinaux de Nicolas Deshayes ; de la peinture sculptée de Michael Assiff ; des toiles résinées et mélancoliques de Philipp Timischl ; ou de l'image digitale tissée de Travess Smalley, les œuvres présentes dans l’espace sont difficiles à appréhender par le biais de l'image en deux dimensions. Au delà de leur signification, elles ont été choisies pour leur matérialité complexe et apparaissent brouillées, comme si elles n’avaient pas bien digéré leur passage à l’écran. Charnues, corporelles, renvoyant à notre propre anatomie, elles font de Reconstructive Memory une exposition que l’on a envie de parcourir, d’explorer, voire de toucher.

Les impressions grand format placées dans le champs de vision des visiteurs ont été composées à partir des archives photographiques de la Galerie Valentin. Lors de la consultation, nos propres souvenirs de visite rue Saint-Gilles sont remontés à la surface. Nous avons été saisi par les spécificités du lieu et les automatismes d’accrochage ayant conduit les photographes successifs à produire cinq angles de vue récurrents. Les collages réalisés par superposition et déformation de dizaines de vues d’expositions sont envisagés comme des interfaces mémorielles, les traces mnésiques de ces treize dernières années. Prenant pour sujet même le lieu dans lequel ils sont implantés, ces paravents poreux oscillent entre éléments de scénographie et sculptures contextuelles. Ces filtres ambigus, pensés comme des pièces conditionnant l’accès aux œuvres et troublant les visiteurs,

Les impressions grand format placées dans le champs de vision des visiteurs ont été composées à partir des archives photographiques de la Galerie Valentin. Lors de la consultation, nos propres souvenirs de visite rue Saint-Gilles sont remontés à la surface. Nous avons été saisi par les spécificités du lieu et les automatismes d’accrochage ayant conduit les photographes successifs à produire cinq angles de vue récurrents. Les collages réalisés par superposition et déformation de dizaines de vues d’expositions sont envisagés comme des interfaces mémorielles, les traces mnésiques de ces treize dernières années. Prenant pour sujet même le lieu dans lequel ils sont implantés, ces paravents poreux oscillent entre éléments de scénographie et sculptures contextuelles. Ces filtres ambigus, pensés comme des pièces conditionnant l’accès aux œuvres et troublant les visiteurs, agissent comme des calques révélateurs offrant une nouvelle vision du travail des artistes invités.

L’exposition fait suite à Screen Play (SWG3 Gallery, Glasgow 2014) ; Deep Screen (Parc Saint-Léger, Pougues-les-Eaux 2015) ou encore Show Room (Glassbox, Paris 2015) et s’inscrit dans une réflexion sur les modes de production, d’installation, d’appréhension et de diffusion d’une exposition. Reconstructive Memory propose donc deux expériences simultanées, à la fois différentes et complémentaires. Si la fréquentation de la galerie permettra toujours un rapport privilégié aux œuvres, la visite en ligne, véritable projet d’exposition à part entière, n’en sera pas moins singulière et inédite. Quelque soit l’expérience vécue, notre mémoire se chargera inexorablement d’en modifier le souvenir.

Texte de It’s Our Playground

Formé en 2009, It’s Our Playground est un duo d’artistes composé de Camille Le Houezec et Jocelyn Villemont. Les initiatives de IOP prennent majoritairement la forme d’expositions, de projets sur internet, de scénograhies ou d'installations, ayant la particularité d'utiliser le curating comme un médium. IOP poursuit une réflexion décomplexée sur les modes de présentation, les dispositifs d'exposition et l’influence d’internet sur la vie et la production contemporaine. Ils ont récemment eu deux expositions personnelles en 2016, Mental Matter aux Bains-Douches à Alençon et Visual Matter à Piacé le Radieux. Leur nouveau projet Exhibition Gradient est en ligne depuis le mois de Février dernier.