Hello Europa

Clifford E. Bruckmann,Zuni Halpern, Annamarie Ho, Mia Marfurt, David Renggli, Sebastian Schaub
du 4 au 26 juillet 2014


Presse/Blog
  • Cura
  • Mousse

  • « Une sorte de parodie non délibérée plane sur toute chose, de simulation tactique, de jeu indécidable auquel s'attache une jouissance esthétique, celle même de la lecture et de la règle du jeu. Travelling de signes, des média, de la mode, des modèles, de l'ambiance aveugle et brillante des simulacres ». Jean Baudrillard, L'échange symbolique et la mort, 1976.

    Hello Europa !, exposition collective pensée par David Renggli, rassemble les œuvres de six artistes qui interrogent la saturation des codes et la volatilité croissante des valeurs, tant culturelles, esthétiques qu'économiques.

    L'oeuvre de Annamarie Ho interroge le statut de l'image comme surface de projection et de fluctuations de scénarios sociaux, ainsi que l'imaginaire trans-culturel que l'espace des représentations médiatiques génère et amplifie, tels que la notion d'exotisme, d'artifice, l'altérité féminine, ou la « féerie » du code. A travers ses vidéos mixant des séquences prélevées sur Youtube, Annamarie Ho exploite le flux contingent et circulaire des images sur les réseaux virtuels. Les procédures du re-make et de la reconstitution, mêlant l'esthétique lo-fi et des effets de dénaturation, se déploient également dans des environnements conçus comme des décors activés par la présence de personnages, entre simulation, séduction et subversion sémiotique.

    Les dispositifs de Sebastian Schaub interrogent l'omniprésence des technologies contemporaines de visualisation du réel. Poussant à l'extrême la réciprocité du voir et de l'être vu, ses œuvres jouent sur des effets plastiques d'opacité et de réflexivité, où la vision se prend elle-même comme modèle et motif redoublé de sa propre représentation. La coïncidence entre la peinture comme « boite noire » et les effets de reflets, font du cadre pictural une prothèse du regard re-tournée vers le contexte de l'exposition. 

    Chez Mia Marfurt, les images de pièces de monnaies et de billets de banque sérigraphiées sur des surfaces en marbre ou des colonnes d'aluminium deviennent un pattern décoratif néo-baroque, «valeur ajoutée » sur une surface qui en régule alors les contours et redéfinit le statut entre virtualité et concrétude. L'enjeu du détournement se lie à celui du retournement, comme le jeu de pile ou face qui livre le choix à la contingence du hasard.

    Le travail de Clifford E. Bruckmann recycle l'imaginaire des produits dérivés de l'hédonisme contemporain, le pittoresque standard des rêveries façonnées par la société consumériste dont il transpose les stratégies et les motifs à l'intérieur de l'histoire des formes, remettant en perspective le thème moderniste du flâneur. Le processus d'appropriation et d'extrapolation passe ici par la mise en évidence du support comme surface poreuse et écran de projection, à l'image des serviettes sérigraphiées, « souvenirs » qui croisent les phénomènes d'hyper-réalité touristiques contemporains à l'invisibilité des flux financiers en recherche de terres paradisiaques.

    Zuni Halpern développe des procédures de stratification de l'image et de sa surface. Graphiques et picturales, ses œuvres associent l'aura de la peinture gestuelle à la rapidité du tracé aléatoire dans une mise en péril du statut esthétique de l'image. La techniques de la sérigraphie employées sur des surfaces peintes, joue sur des effets d'accumulation et de sur-impressions imposant l'idée d'une peinture processuelle, en permanente actualisation et redoublement d'elle-même.

    Le travail de David Renggli procède de la déconstruction et de l'hybridation des formes faisant office de « balises » culturelles, de la saturation des codes et des mythologies esthétiques dont il révèle l'arbitraire et la dimension « métastable ». Par le jeu de la décontextualisation, ses installations interrogent les mécanismes par lequel le sens investit peu à peu l'objet. Une précarité feinte laisse ici place à une marge d'indécision poétique, mobilisant souvent les registres de l'absurde et du mot d'esprit qui déploient le potentiel subversif de l'incompréhension et de l'indifférence.

    Texte de Clara Guislain