Girlfriend Photos

Une exposition de Babak Ghazi
du 12 janvier au 16 février 2013


Presse

La galerie chez Valentin présente du 12 janvier au 16 février la série “Girlfriend Photos” de Babak Ghazi. Issues du projet “Lifework”, ces photographies montrent des femmes dans de diverses scènes intimes posant toutes pour la caméra. Au premier regard, le titre laisse penser qu'elles pourraient être les petites amies de l’artiste, extrait de ses archives personnelles. Toutefois, au fil de la série, la disparité des styles, des intérieurs et des âges suggèrent finalement qu'elles doivent être des photos trouvées, ré-encadrées, extraites d’un dialogue entre deux individus et rapportées dans la sphère public de la galerie d’art.

Ces décalages du signé à l’anonyme, du privé au public sont au centre du projet “Lifework” de Ghazi, débuté en 2008. Organisant un large ensemble d’éléments trouvés, d’images construites, d’objets et de recherches, “Lifework” se situe quelque part entre l’archive, la bibliothèque et le manifeste pour la vie. Les boites d’archives et les caisses sont étiquetées sous d’énigmatiques thèmes comme “Drawings of Friends and Lovers” and “Eyes Closed Poses” posées aux côtés d’autres portant des noms allant d’Andy Wahrol à Kate Moss aussi bien que la photographe et cinéaste Lisa Castaner, compagne de Babak Ghazi. Plutôt que le simple fait de collectionner, Ghazi a passé des années à explorer le potentiel à diluer et à multiplier la notion d’auteur, chorégraphiant éléments trouvés et fabriqués, ramenant à la vie les activités et les postures des autres. Il explique ce Process en disant : « Je collectionne pour faire ressortir, nommer et produire une nouvelle expression vivante ». Chaque dossier est une découverte pour le visiteur qui doit naviguer dans les rangées de boîtes, choisissant laquelle ouvrir, comparant la distance entre ce qu'elles pourraient contenir et les images et les objets révélés.

Dans cette nouvelle série “Girlfriend Photos”, c'est le contenu de l’une des boites de “Lifework” que Ghazi révèle. Bien que le titre nous fasse penser aux images ré-appropriés de « nanas » de motards de Richard Prince (sa Girlfriend série), Babak Ghazi met lui en exergue les questions de l’intimité et des relations humaines présentes dans ces photographies. Une référence plus pertinente pour Ghazi est celle de l’Atlas Project de Gerhard Richter qui comprend notamment des photographies de femmes nues dans des scènes domestiques: un fragment relatif à la relation de l’artiste à cette vaste collection encyclopédique d’images. Les photographies de Richter renvoie également le spectateur, depuis cette histoire documentaire de la photographie amoureuse, aux séries obsédantes d’Alfred Stieglitz, aux images érotique de Georgia O’Keefe. Pour Ghazi, comme pour Richter, plutôt que la mise en exergue d’une certaine vérité sur une forme ou une personne, ces photographies intimes explore le chemin de la relation personnelle à sa chose publique. Beaucoup des images de Babak Ghazi ont été achetées en ligne. Cette série médite sur les nouveaux réseaux d’un exhibitionnisme semi-anonyme classé quelque part entre l’activité des réseaux sociaux et la pornographie maison : des faits intimes livrés à une consommation publique.

En re-scannant et encadrant ces clichés originaux, Ghazi crée ses œuvres depuis des situations depuis longtemps disparues, celles-là même qui avait engagé leur modèle et leur photographe.Comme le voyeurisme ordinaire pratiqué en surfant le Web ou en feuilletant les magazines, Ghazi explore ce qui motive ces filles à poser et ces garçons à les photographier, trouvant une certaine fascination dans ces images étonnement poétiques avec leurs défaillances techniques pré-numériques et leur érotisme programmé. En produisant ces facsimilés et considérant leurs scènes sérieusement, Ghazi nous invite à penser à la façon dont, dans ses mots, « l’identité est une chose jouée » : non seulement par ces filles et ces garçons, mais également par un artiste trouvant des moyens d’expression en associant gestes artistiques et choses trouvées.

Catherine Grant
(Traduit depuis l’anglais)