Vanille

Une exposition de Nicolas Deshayes & George Henry Longly
14 janvier au 10 mars 2012


Nicolas Deshayes est né à Nancy, France. Il vit et travaille à Londres.

George Henry Longly est né au Royaume-Uni. Il vit et travaille entre Londres et Margate.

Vanille rassemble les travaux des artistes Nicolas Deshayes et George Henry Longly qui explorent les enjeux du goût et du désir dans le cadre de l’espace privé et public. En choisissant le terme « vanille » comme titre de l’exposition, les artistes s’amusent de la définition du « goût », à la fois comme jugement esthétique et comme saveur. Considérée en Europe jusqu’au 19e siècle comme une épice exotique, essentiellement à cause des difficultés dues à son importation depuis l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, la vanille (le mot possède la même racine étymologique que le mot « vagin ») est aujourd’hui utilisée de manière polysémique pour désigner à la fois la douceur d’un cadre chaleureux, le cocon, la petite note sucrée et réconfortante des confiseries. Dans le langage familier anglo-saxon, « vanilla » est également une référence aux comportements sexuels « normés ». Les œuvres de l’exposition renvoient de manière subversive, mais détournée aux outils de présentation publicitaire, d’information publique ainsi qu’au mobilier urbain. De la distorsion amusée des signifiants et de l’utilisation libérée des motifs stylistiques à l’allusion aux tabous sexuels du quotidien, Deshayes et Longly aiguisent les appétits et proposent des saveurs qui dépassent de loin le simple goût de la vanille.

Nicolas Deshayes présente deux ensembles de pièces. Salts est une installation modulaire composée de panneaux d’acier zingué sur lesquels sont fixés des reliefs plastiques thermoformés qui tentent de représenter des liquides figés dans leur mouvement. L’artiste réalise ces formes épurées à partir de techniques industrielles de prototypage et de packaging. Ces objets en plastique se situent à mi-chemin entre le jeu de séduction mis en place par les images publicitaires rutilantes et d’indéfinissables flux corrosifs. Alors que ces éléments renvoient à la propreté, à l’hygiène des espaces aseptisés comme les toilettes publiques automatiques ou les bureaux administratifs, les couleurs juxtaposées de l’acier iridescent et des thermoformages s’apparentent à l’oxydation du métal sous l’effet de l’urine. La qualité de « peau » de ces objets thermoformés sur leur fond architectural souligne avec insistance la présence d’un langage corporel. Ailleurs dans l’espace d’exposition, des sculptures en caoutchouc paraissent avoir été souillées par des empreintes anonymes de bottes qui surgissent à la surface.Le sol sombre et boueux par endroits, instaure une dimension qui contraste avec ce que le titre Vanille pourrait suggérer.

Les pièces de George Henry Longly incluent en elles-mêmes leurs propres modalités de présentation dans l’espace. Deux bannières placées à l’entrée font référence au format de certains spots publicitaires publics. Les images imprimées ont été réalisées sur une plage située près de la maison de l’artiste. Dépourvues de sens en dehors du contexte de l’exposition, les œuvres font référence à un style de vie, mais aussi à la photographie touristique, tant en termes de composition que de contenu. Elles ancrent l’exposition et ses artistes tout en résistant à une lecture biographique. Plus loin, deux autres pièces se présentent comme un hommage aux panneaux d’information publique. À la manière d’objets performatifs dont le contenu pourrait (en théorie) changer à travers le déroulement de l’exposition, les motifs des planches empruntent à l’histoire des arts décoratifs. Enfin, George Henry Longly présente deux sculptures verticales qui combinent le vocabulaire des appareils électroménagers et les techniques avant-gardistes. Les objets polis sont à l’image des présentoirs de grands magasins ; combinant des matériaux tels que le marbre, le verre et le plâtre, ils présentent des produits de beauté et des objets de maison design. Usant d’une palette clairement empruntée au domaine de la décoration, les œuvres ancrent l’intérêt de l’artiste dans une forme de souillage de la pureté moderniste en convoquant des références esthétiques dépassées au design post-moderne et aux intérieurs domestiques.

Wendy Vogel

Wendy Vogel est critique d’art et curatrice. Ses écrits ont été publiés sur Artforum.com, dans Art Lies et Pastelegram. Elle a participé en tant qu’éditrice à Flash Art International et ...might be good. Elle a également travaillé sur de nombreux projets curatoriaux tels que le Künstlerhaus Schloss Balmoral, PERFORMA, et le Center for Curatorial Studies au Bard College.