De Labore Solis

Une exposition de Luca Francesconi
Septembre 2011


Luca Francesconi a également participé à l’exposition «ILLUMInazioni - ILLUMInations» dans le cadre de la 54e Biennale de Venise en 2011.


Presse

L’œuvre que poursuit le jeune artiste italien Luca Francesconi semble traversée par la recherche d’un absolu, une forme de quête spirituelle qui rappelle l’art à ses desseins les plus sacrés en même temps qu’elle convoque notre environnement le plus immédiat. Animé par l’idée de cycles naturels et d’harmonie entre les éléments, les installations de Luca Francesconi semblent retranscrire la grâce du temps, reconstituer un espace idéal où le primitif ferait signe vers le présent et où les pulsations de l’intuition mimeraient le mouvement organique des astres. Cette pratique instinctive se déploie a travers des agencements poétiques d’objets et de formes qui semblent travaillés par l’érosion du temps, construisant une forme de langage primitif et spontané maintenu à distance des voies de l’intellect.

Chez Luca Francesconi, l’œuvre oscille entre présence tangible et image mentale, réalité élémentaire et poussée fantasmatique. Les matières qu’il affectionne sont le plus souvent directement extraites de son environnement proche comme ces pierres et morceaux de bois prélevées dans le lit de la rivière. Sculptés par le mouvement des eaux, du vent ou de la pluie, ces éléments épars, qu’ils soient gardés à l’état brut ou retravaillés par la main de l’artiste se présentent aussi bien comme des matériaux rudimentaires, purs fragments d’une réalité palpable, que comme les indices d’une harmonie ancienne que l’on ne saurait dater. Par un jeu d’échos formels et symboliques, l’artiste donne à voir le mouvement d’un monde habité par une mythologie tant intime que culturelle, résurgences de temps reculés qui viendraient ici refaire surface, entre mélancolie et éloge du temps présent. Parcourant l’histoire des représentations, ces installations convoquent un imaginaire qui nous fait voyager depuis les premiers balbutiements de l’art, les peintures rupestres, les rîtes primitifs, en passant par le statuaire antique et romain, jusqu’aux collages cubistes, aux sculptures de Brancusi ou de Gonzalés. Le champ de l’organique côtoie parfois celui de l’utilitaire, mais loin de cristalliser une opposition, leur proximité spatiale minutieusement pensée par l’artiste génère un rythme, rétablit un équilibre des forces qui semble alors faire entrer ces éléments dispersés à l’intérieur d’un même cycle, leur suggérant une origine commune. L’aspect dépouillé de ses installations, le nombre restreint d’éléments que l’artiste dispose semble faire de chaque objets quelque chose de précieux. Le petit, le modeste, entre alors en relation avec l’immatériel et l’infini. « Installer un volume est un acte générateur beaucoup plus fort que sa création matérielle, mais il a besoin d’un espace pour exister, un espace qui a son tour le définit » explique l’artiste.

Le rôle primordial de l’organisation spatiale qu’il décrit ici permet de penser ces installations aussi à travers les vides et les pleins que l’artiste aménage entre chaque élément, prenant en compte les effets d’ombre et de lumière, de verticalité et d’horizontalité, de perspective et de proximité. Les oeuvres de Luca Francesconi invitent donc le spectateur à être véritablement à l’écoute de l’espace qu’elles peuplent et dont elle semblent mystérieusement percer l’« horizon ».

Pour sa première exposition personnelle à la Galerie chez Valentin, intitulée « De Labore Solis », Luca Francesconi propose à travers une installation de sculptures et d’objets une réflexion sur le mouvement du soleil. Pensée à la fois comme élément naturel et symbole métaphysique, l’étoile solaire renvoie à l’infiniment grand et à l’infiniment petit. Point central de notre univers et matrice immobile d’un champ de force, elle donne à l’homme la mesure du temps. L’artiste s’intéresse ici au versan de la lumière, à partir de l’idée de l’alternance entre nuit et jour. « Il n’y a ni nuit ni jour dans l’univers » nous dit l’artiste ; il nous faut « accepter la vérité selon laquelle nous intériorisons le monde d’après un lexique de perceptions globales des vides, des pauses rythmiques entre une chose et l’autre. La profondeur n’est rien d’autre que la superposition des perpectives, intervalles et retours de matières qui établissent un rythme, plient l’espace et déterminent le temps. » Ainsi, le jour et la nuit ne seraient que des constructions imaginaires, premiers instruments de mesure créés par l’homme pour expliquer les phénomènes naturels et se repérer dans l’infini. En vérité, pour l’artiste, tout n’est que jeux d’ombre et de lumière ; là demeure le véritable principe naturel. L’exposition devient ainsi le lieu et le temps d’une « nuit circonstanciée », « exactement comme le serait une pause dans un flux musical interminable ». Les objets que l’artiste met en présence sont alors liés par une force à la fois familère et lointaine. Objets fétiches, reliques de temps, ils composent un rythme qui relie le monde tangible à sa totalité.

Clara Guislain