Nature morte

Une exposition de Etienne Bossut
2010


Inscrit dans la scène artistique depuis le début des années 80, Etienne Bossut utilise la technique classique du moulage mais façonne avec du polyester, (de la résine et de la fibre de verre) des répliques colorées  de nos objets. Ready-made en apparence, « faits-main » en réalité, les œuvres de l’artiste questionnent la fabrication d’objets en série dans la société industrielle, explorent les multiples aspects de la réalité, et ironisent sur le rapport entre l’objet de ses représentations.  Pourtant, ce n’est pas dans la fidélité de la réplique que réside l’intérêt premier de cette démarche, mais plutôt dans le trouble qu’elle produit dans le déplacement conceptuel, accordant de surcroît à l’original la reconnaissance de son immortalité.

Pour cette exposition, Etienne Bossut joue de son intérêt pour le thème de la nature morte au profit d’une démarche purement conceptuelle. Fidèle à sa démarche, l’artiste saisi dans du plastique, par exemple,une nature morte composée d’un verre et d’un pichet posés sur un plateau. Grâce aux complexes et multiples moules, le tout forme un objet monochrome et monobloc, accroché au mur à la manière d’un tableau. Mais la référence aux « tableaux-pièges » de Daniel Spoerri s’arrête là. Dans le cas d’Etienne Bossut, il ne s’agit pas d’un assemblage d’objets collés mais d’une image en trois dimensions, qui, interrogeant les frontières entre ready-made, sculpture et tableau, explore les différents modes de présentation de l’objet et les relations entre moulage, empreinte et trace.

Posées sur des socles à la manière des sculptures classiques, Nicole présente de son côté les moulages des très répandus tuyaux en PVC fabriqués par la société éponyme. Les formes devenues presque abstraites de ces éléments sortis de leur contexte d'usage habituel, et le dispositif de présentation, convoquent non sans malice l'histoire de la sculpture. Etienne Bossut peut ainsi opter pour des juxtapositions répétitives agissant comme certains dispositifs de l’art minimal. Mais il peut aussi jouer comme ici des références à la peinture classique ou encore à la sculpture moderne.

Le travail d’Etienne Bossut n’est pas un inventaire d’objets. La métaphore et le glissement des significations y occupent une place essentielle. En transformant les produits du monde industriel en copies, l’artiste signifie sa volonté de se distancier d’un art formaliste préoccupé avant tout de ses propres procédures. Comparable à l’utilisation du mot chez Magritte, le moulage plastique est alors la marque d’une rupture entre l’objet et sa représentation.

 

Elisa Rigoulet