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Une exposition de Eric Baudart
2004


« Je suis à la recherche d’un espace, d’un objet ou d’une image sur laquelle je puisse m’arrêter quelques instants. Plus exactement, je suis à la recherche de quoi que ce soit susceptible de m’arrêter, de me retenir plus qu’un simple laps de temps… [Pour cela,] j’utilise ce qui est autour de moi, au plus proche de moi ». Éric Baudart développe ainsi un travail sur la production et l’apparition de l’image dans un réel contemporain transformé par les nouvelles technologies de la communication et de l’information. Il se sert notamment d’internet au début, d’un scanner plus récemment, puis des logiciels informatiques, pour produire/obtenir — remanier — des images fixes ou animées qui ne sont ni naturelles ni artificielles, ni vraies ni fausses, mais autres, différentes, décalées ; et paradoxalement plus denses, plus profondes et plus "véridiques" que le réel qu’elles sont censées refléter. « Regarder une image, la regarder encore… lui ajouter, lui retirer, ou simplement l’ajuster, jusqu’à temps qu’elle soit comme libérée. »

Les œuvres d’Éric Baudart nous parviennent ainsi, après avoir traversé les différents filtres de l’esprit, de la technologie et de la matière ou diverses opérations de retournements : deux photographies en miroir se manifestent comme un territoire dévasté ; un fonds d’écran comme un paysage hypnotique ; un pare-brise de camion comme un écran géant de télévision circa années 60 ; un extrait de publicité comme un monde lunaire… « Je souhaite suggérer, ou plutôt transposer la surréalité propre à la photographie dans une image en mouvement. » En exacerbant ce que la technologie du scanner puis de l’ordinateur attrapent des images du monde — image, et non pas photographie, puisqu’il n’y a ni appareil photo, ni film, ni développement, à peine une prise qui s’apparente autant à une radiographie —, Éric Baudart réalise des univers paradoxaux qui prennent au piège le réel et ses constituants autant que notre propre capacité à le déchiffrer aux travers de ses expressions ou de ses représentations.

Et, dans cet au-delà des images, ce qui se retrouve ainsi mis en crise c’est notre rapport hystérique à l’objectivité que nous voulons y trouver ou y inscrire. Autrement dit, l’objectivité considérée comme l’aberration d’un lieu commun pour mieux en extraire des images, des situations ou des effets de réalité d’une qualité d’évidence immédiate et pourtant paradoxales, inconnues, inédites et presque impossibles, sur-réelles : un dégradé numérique projeté à l’échelle d’une fenêtre, d’un paysage ; des bouts de gomme passés au scanner et restitués comme un territoire organique, tellurique, accidenté ; une main rongée à l’extrême aplanie, adoucie, comme on le fait d’un visage d’un mannequin. Rien n’est moins vrai ni plus faux ; tout est plausible, possible, parce que vérifiable, quantifiable.

Mais ce qu’il nous faudrait retenir, au-delà encore d’une certaine fascination portée par la virtuosité tangible des procédés utilisés, c’est cet extrême limite, cette rugosité assumée dans l’état premier des œuvres d’Éric Baudart, et qui résiste à tout basculement dans un formalisme maniériste. Tout y est tel qu’il est, y compris dans sa simplicité ou son trouble, dans son imprécision ou son bégaiement, dans son inouï ou sa sidération. À nous de voir, à nous d’y voir, un peu plus clair ou un peu plus juste. C’est selon…