Exposition personnelle

  • Carlos Kusnir

Du 27 novembre
au 08 janvier 2005

Communiqué de presse

Traiter la peinture comme une nouvelle / pas une nouvelle forme ou une nouvelle idéologie bien sûr / ni une nouvelle raison politique ou sociologique / tout simplement comme un récit bref, non prétentieux, qui accepte son immaturité ou ses maladresses. Une peinture non démonstrative / une nouvelle de Gombrowicz en somme / entre la maturité que l’on simule et la profonde indétermination de sa propre représentation.

_…_ Toute la peinture de Carlos Kusnir réside en effet dans des ébauches de scénarios associés à partir d’éléments aléatoires : « des éléments qui se combinent et qui se démerdent entre eux.» Pas de narration, ni de fiction, pas plus que la possible suffisance de l’abstraction. Tout est là, mais en état de latence.

_…_ Peindre comme si c’était la première fois, même si l’on sait que les premières fois ne sont jamais les meilleures. Garder en l’occurrence une conception très primitive du geste (encore une histoire d’immaturité) et une perception archaïque de l’espace du « tableau » (l’indétermination).

_…_ Ne pas se perdre dans les velléités de vouloir tout dire sur la peinture et son histoire, sur le monde et ses désirs ou ses principes de fonctionnement. Accepter l’immaturité, c’est prendre en compte cet état d’incapacité à avoir un avis sur tout et toute chose. C’est aussi du dandysme.

_…_ C’est également l’inachèvement définitif, laisser les choses en suspens et laisser les éléments qui composent la peinture trouver leur place naturellement, sans les obliger à tenir un discours préconçu et formaté. Une peinture sans stratégie, ni contraintes, avec pour toute méthode les changements de représentation.

_…_ Les choses laissées en suspens peuvent être aussi perçues comme des fantômes.

_…_ Il y a beaucoup de fantômes dans la peinture de Carlos Kusnir : des objets que l’on reconnaît et qui n’existent pas, ou le contraire, des objets bien réels mais qu’on ne perçoit pas. Toute la vraie (et grande) peinture n’est qu’une histoire de fantômes. Devant chaque tableau, nous passons notre temps à rechercher des formes qui n’existent pas. Quand on les trouve, ce n’est pas bon signe.

Au fond, un fantôme n’est qu’une illusion / une erreur de perception causée par une fausse apparence.

En parlant d’apparences, on trouve fréquemment l’illusion d’un mur dans les peintures de Carlos Kusnir. Comme il ne les apprécie guère (« mes oeuvres ne sont pas faites pour être écrasées ou collées contre lui »), c’est une manière de le décoller de sa paroi tout en l’exorcisant. On trouve aussi du grillage (« des autoportraits ») : une façon très symbolique et visuelle qu’a la peinture de lutter - pour ou contre - sa propre liberté. On peut y voir également des tapisseries. C’est idiot à première vue, incongru. Mais cela ne l’est même pas. Il en va tout simplement d’un travail sur le motif, un bon vieux « truc » classique et inépuisable. Les peintres gothiques passaient des journées entières à peindre un drapé ou un rideau. Peindre des tapisseries, c’est aussi peindre sur des murs qui n’existent pas. C’est peindre le temps, c’est peindre la peinture. Enfin, il y a des palissades dans la peinture de Carlos Kusnir, des grandes façades qui occupent l’espace et qui semblent plus nous regarder que nous ne les regardons tant elles nous affrontent sans dissimulation. Les façades quant à elles ne sont pas des illusions : par définition ce qui fait front.

Pour sa première exposition à la Galerie Valentin, Carlos Kusnir expose une série de panneaux posés sur des montants de bois qui rappellent un éventuel décor de travaux publics, de chantier. Chaque panneau représente un « paysage » évanescent. Certains sont surmontés d’un oiseau hors-cadre qui, là aussi, semble nous épier, comme pour nous rappeler à nous-même notre devoir d’observateurs. L’ensemble est hétéroclite et incertain, à la limite de la fragilité et du château de cartes. Ce n’est plus la logique moderniste du « tout doit disparaître », mais bel et bien du « tout peut s’effondrer ».

Eric Mangion