Nicolas Moulin

Né en 1970
Vit et travaille à Berlin, Allemagne


Expositions à la galerie
  1. Subterannean, 2013
  2. Goldbarrgorod, 2008
  3. Lacdatch, 2007
  4. Vider Paris, 2001
  5. Visiover, 1998

Biographie complète (fichier pdf)


FAUX SEMBLANTS

Les mythes urbains et technologiques qui conditionnent nos sociétés depuis l’age de la révolution industrielle constituent la matière première du travail de Nicolas Moulin. Celui-ci consacre une grande partie de son activité aux périgrinations urbaines et péri-urbaines. Le processus d’élaboration de ses travaux procède d’une pratique active et d’une observation critique de ce paysage et de ses symptômes. Des territoire propices à générer des anachronies fascinantes, et des spirales historiques étranges. L’œuvre de Nicolas convoque les référents historiques de ces paysage et les mixe avec des éléments que l’on désigne génériquement comme de « science fiction ».

Un grand nombre de ses oeuvres pourraient potentiellement constituer une sorte de « réponse » à notre monde contemporain, où se cotoient dans un équilibre dont il a le secret, sarcasme et romantisme, ou bien encore fascination et effroi. Notre âge orphelin de lendemain meilleurs semble s’être perdu la nuit dans un bois où restent invisibles les éléments qui le rendent anxieux. Cette dystopie établie se retrouve dans l’ensemble de son oeuvre où la science fiction qu’il revendique comme la culture de sa génération n’évoque pas un futurisme féérique mais « un présent achronique composé de souvenirs rétro-actifs qui génèrant à travers l’espoir ou la peur la notion de « demain ». La composition de ses paysages à la chronologie déboussolée, fait appel à une vision du futur où le spectateur se retrouve confronté à un « déjà vu » qu’il n’a jamais vu, fonctionnant comme une réalité belle et bien existante, à l’image des « souvenirs implantés » des réplicants de Blade Runner ou de la phrase de JG Ballard : « Le rôle de l’artiste n’est plus tant de produire des fictions dans un monde qui en est saturé, mais bien d’inventer des réalités ».

Certaines de ses pièces que je nommerais « para-photographiques » utilisent la notion de « faux semblants ». Elles effacent soigneusement le processus avec lequel elles sont produites, laissant de côté l’idée d’une image photo qui retranscrit ou pour mettre en avant l’idée qu’elle est tout simplement.

C’est le cas de « VIDERPARIS » (2001), de NOVOMOND (2000), PANCLIMNORM (2006) et plus récemment BLANKLUMDERMILQ (2009) et WENLUDERWIND (2009). Paysages de « vestiges » futuristes, ou de « fausses archives » en noir et blanc, destinés selon lui à révéler un imaginaire contemporain, où apres le « future is now », le « too much future »,et le « No future » règne le « No Present ».

Il n’est pas difficile alors de comprendre que les influences de Nicolas soient éclectiques et que son travail se garde bien de s’inscrire dans une tendance artistique nommable. Enfant tour à tour des projets des radicaux italiens, De Gordon Matta-Clark, du romantisme allemand, du Constructivisme russe et des minimalistes des années 60, il aime tisser des liens improbables entre divers mouvements et époques semblant antinomiques. Cela peut l’amener à évoquer ironiquement les projets de Superstudio comme des « Sol LeWitt géants traversants des peintures romantiques allemandes ».

Il décrit sa position vis à vis de l’art contemporain comme un véhicule orbitant sur l’autoroute périphérique d’une grande ville ; à l’orée et toujours en quête de zones intermédiaires, de « no man’s land » ou la hiérarchie entre les discipline, par exemple, l’art et l’architecture ou bien encore la musique – puis qu’il viens de fonder un label nommé GRAUTAG – se confondent dans cette même logique de « faux semblants » et d’éléments complémentaires.

Ainsi, dans ses installations, où se cotoient images, volumes, vidéo et son, la notion de véracité ne constitue plus le pendant indispensable de la réalité, et laisse la place à une « potentialité ». Ces images retouchées, ces volumes faisants le grand écart entre maquette et sculpture GOLDBARRGOROD (2007) ou INTERLICHTENSTADT (2009) dont l’échelle non établie, nous amènent droit vers l’« Automonument » évoqué dans New York Délire de Rhem Koolhaas : « Passé un certain volume critique, toute structure devient un monument, ou du moins, sucite cette attente par sa seule taille, même si la somme des activités particulières qu’elle abrite ne mérite pas une expression monumentale. Cette catégorie de monuments représente une rupture radicale et moralement traumatisante face aux conventions du symbolisme ; sa manifestation physique n’est ni l’expression d’un idéal abstrait ou d’une institution d’une importance éxceptionnelle, ni l’articulation lisible d’une hiérarchie sociale dans un espace tridimentionnel, ni un mémorial; il se contente d’être « lui-même » et, du seul fait de son volume ne peut éviter de devenir un symbole, vide et ouvert à toute signification, comme un panneau est libre pour l’affichage (…) »

C’est de cela dont il s’agirait dans l’omniprésence de ces édifices inquiétants peuplant l’œuvre de Nicolas Moulin. Non pas l’architecture que nous habitons, mais celle qui nous habite.

G.B