Luca Francesconi

Né en 1979
Vit et travaille à Milan, Italie


Expositions à la galerie
  1. De Labore Solis, 2011
  2. Art Basel Miami Beach, 2012.

Biographie complète (fichier pdf)


Héritées de l’art populaire et des traditions rurales, les œuvres de Luca Francesconi interrogent le caractère sacré de l’espace, à travers des mises en scène d’objets. Centrée autour de la conviction, proche de l'animisme, qu'une force immuable et éternelle s'incarne à l’intérieur des choses, la pratique de Luca Francesconi s’interprète comme une langue vernaculaire.

La graine, forme embryonnaire que nous retrouvons souvent dans ses installations, renferme plusieurs niveaux de réalité. Elle symbolise le monde périssable (l'éclosion puis la dégradation) en même temps qu'elle est présentée comme une substance fossilisée, l’indice d'une présence immuable.

Chez l’artiste l'objet incarne, il figure : il est un monde en soi, complexe, multiple, changeant. Il participe d'un univers, comme une planète gravite autour d’un axe. Posé dans l'espace, et associé à d’autres « substances » étendues ou immatérielles (la lumière incidente, le mouvement cyclique des astres), il forme alors une cosmologie, un paysage à l’intérieur duquel éclosent et se rencontrent idées, symboles, rêves, sentiments.

Les éléments récurrents qui se combinent au fil de ses compositions possèdent des propriétés antagoniques : la transparence et l’opacité, l’organique et l’utilitaire, le brillant et le mat, le creux et le plein, l'éphémère et le permanent. Cet intérêt pour les dualités, prend tout son sens dans l’espace d’exposition, pensé comme le lieu de concrétisation et d’observation, quasi-scientifique, de ce champ de forces (que l’artiste appelle aussi un « champ sémantique »).

Proche du geste de l’archéologue ou de l’ethnologue, l’artiste prélève, collecte, sélectionne des objets issus de son environnement immédiat, celui des rives du fleuve des plaines italiennes du Pô où il possède une maison. Le cours d'eau charrie et rejette des éléments naturels, cailloux, bois flotté, coquillages, graines végétales, fossiles ou des objets manufacturés naturalisés par le mouvement des eaux. Ces trouvailles constituent la matière brute, le point de départ d'une mise en scène dans laquelle chaque élément se trouve chargé d’une puissance symbolique. La dimension ritualisée de cette pratique (les promenades le long du fleuve, les objets « fétiches », le cérémonial de la mise en espace des objets), suppose une écoute et une attention aiguë portée à l’espace, à son rythme naturel et à son magnétisme souterrain. Car ces œuvres évoluent selon les points de vue, les heures du jour et de la nuit, les imperceptibles courants d’air ou rayon lumineux.

Disposées selon une « liturgie », ces compositions cultivent les silences et les vides. Friche, jachère, champ en semences, ou nature morte : la métaphore agricole, du travail de la terre, parcourt toute l’œuvre. Que les volumes jonchent parcimonieusement le sol, où qu’ils habitent, comme des revenants, l’espace dans son horizontalité, ces modestes mises en scènes évoquent souvent les offrandes mortuaires ou les autels funéraires de traditions populaires. Les sculptures aux allures anthropomorphiques renvoient à des effigies ou des totems obsolètes, des petits bricolages intimes convoquant des esprits disparus. Des matériaux parfois cheaps ou manufacturés, comme des chaises en plastiques, des appareils électroménagers, des résidus organiques (les fleurs séchées, les graines fruitières), côtoient des matériaux nobles, comme le marbre blanc, la soie sauvage, l’or ou le bronze. Leur association permet de suggérer une origine commune : nature et culture semblent soumises aux mêmes lois, à l’alternance du clair et de l’obscur.

Au-delà de l’attachement affectif aux objets trouvés, le langage de Luca Francesconi reste éminemment métaphysique. Ces petites mythologies intimes sont nourries par des connaissances scientifiques, la philosophie antique, les ouvrages de biologie et de physique, les sciences occultes et les rîtes magiques. Le « para », les mondes souterrains, l’irrationnel se mêlent souvent au souci objectif d’expliquer les phénomènes du monde.

Cette économie de moyen  renvoie au soucis des primitifs de figurer des notions extrêmement complexes par l’intermédiaire de formes simples. Ici l’objet est bien une substance « émotive », réactive et surtout performative.