Gabriele De Santis

Né en 1983
Vit et travaille à Rome, Italie.


Expositions
  1. We're short a guy
  2. Drop like it's hot

Biographie complète (fichier pdf)


Se développant à travers une multiplicité de medias, peinture, installation, video, environnement le travail de Gabriele de Santis interroge les supports et véhicules contemporains de l'imaginaire collectif mondialisé, ce, depuis le point de vue croisé de son identité italienne et de sa position dans l'art du capitalisme avancé. Les œuvres de Gabriele de Santis fonctionnent souvent comme des slogans ou des accroches promouvant un certain sens de la mobilité, de la vitesse, et de l'ascension – comme ses tableaux et ses socles à roller ou à tête de guidon, ses œuvres à activer en l'élançant sur un trampoline, ses installations de rampes de glisses, la figure récurrente de Michael Jordan en suspension, ou celle, quasi fétichisée du skateboard –. Cet élan, ou état d'apesanteur étant caractéristique des modes de communication et d'existence contemporains, en rapport à ce que Baudrillard à pu nommer « l'extase de la communication ». Il évoque aussi le mouvement de consommation que les signaux culturels sont faits pour déclencher, l'état d'ascension étant montré en dehors de toute « chute possible » : principe physique de « rappel » avec lequel s'amuse De Santis dans ses installations de trampoline à travers lesquelles le spectateur fait l'expérience que tout état de « hauteur » (être à son "top" physique ou social) ne peut échapper aux lois de la gravité. Le tremplin et le moment de plénitude fugitive, évoquent en un sens chez Gabriele de Santis ce que Jeff Koons avait pu définir comme un « intense désir de mobilité sociale » calqué sur « la tragédie des états inaccessibles. »

A travers le recours constant à l'allégorie sportive, De Santis interroge aussi la mythologie de l'artiste à travers celle du compétiteur, de l'athlète, et traite l'espace d'exposition comme un espace social codifié, et euphémisé. Cette "signalétique", est aussi envisagée par l'artiste comme le principe de composition d'une "personnalité". Chaque signe ou objet est saisi à la fois comme un « véhicule » d'identification sociale, voir nationale (les équipes de football ou de basketball, thème autour duquel tourne sa nouvelle exposition à la galerie Valentin dans une sorte de match Italie/vs Amérique, ou encore la culture du skate ), et comme un signe de la culture mondialisée de l'entertainment. Dans l'attention et les références récurrentes que De Santis établit entre la signalétique contemporaine (emoticone, hashtag, signes de ponctuation) et la mobilité des supports sur laquelle elle s'inscrit, ses œuvres évoquent un référent toujours « glissant », fluctuant. Ces signes tirés de la communication sociale, De Santis les met en tension avec des éléments stabilisateurs, sensés incarner l'enracinement culturel, le signe « tableau », le marbre ou la colonne. Si le marbre ou la colonne réfèrent à des modes de formations lentes et verticalisés de la culture, à son conservatisme intrinsèque (et aussi à son identité italienne), ces signaux traitent de l'immatérialité du langage virtuel, de son instantanéisme et son horizontalité constitutive.

En questionnant ces notions de frontières et de démarcation, notamment à travers l'image du terrain de jeu, De Santis interroge les valeurs de performance et le désir d'identification en les replaçant dans le contexte de l'art. Ces éléments construisent aussi une signalétique permettant une circulation balisée qui interroge les conduites standardisées d'un spectateur souvent inviter à participer. Sur les murs, en dehors de l'espace codifié de la performance, se tiennent des « non joueurs », des « têtes »-tableaux, sortes de figures fantomatiques qui viennent redoubler le spectateur. Personnages qui, ne prenant pas part au jeu, seraient plutôt venu regarder le funambule en espérant qu'il tombe de sa corde.

La comedia de l'Arte (la comédie de l'art) à laquelle font échos les nombreuses références au personnage de l'Arlequino, archétype du « trickster » Italien, mais aussi référence détournée à l'héritage de Picasso, sert aussi à interroger la comédie du jeu social et du jeu de l'art. Souvent anthropomorphisée, les objets et les signaux chez Gabriele de Santis semblent rentrer en interaction pour construire une sorte de scénario de rencontre : deux sacs roses et bleus s'accolant fraternellement, deux socles trinquant ensemble lors d'un vernissage.