Anne Neukamp

Née en 1976
Vit et travaille à Berlin, Allemagne.


Expositions
  1. FIAC, Grand Palais, Paris, 2016
  2. "tl;dr", Valentin, Paris, 2014
  3. "Circuits", Kunsteverein, Oldenburg, 2013
  4. "Rebound", Valentin, Paris, 2011
  5. Art Cologne, Allemagne, 2011
  6. Art Basel Miami Beach, USA, 2010
  7. "I no longer love the colour of your sweaters", Valentin, Paris, 2009

Biographie complète (fichier pdf)


Au delà de la concision apparente de ses tableaux, Anne Neukamp brouille les pistes ou, plus exactement, les fait se croiser entre elles. Chaque oeuvre relève ainsi du palimpseste, ce parchemin gratté afin d’être réutilisé : image après image, fragment après fragment, des strates peintes l’une après l’autre, plutôt que de se superposer, se lovent entre elles, se conjuguent en un entrelacs aussi formel que sémantique. Cependant, pas de messages et de stimuli en flux confus comme dans les collages tardifs de Robert Rauschenberg, mais plutôt un réductionnisme « pop » tel qu’initié par les Brushstrokes de Roy Lichtenstein ou les sillons pneumatiques de Peter Stämpfli : logos, schémas, lettrages et autres images, préalablement réduits et rendus « efficaces » par l’industrie de la communication, ne subsistent qu’en tant que silhouettes, traces ou fragments agrandis, basculés et parfois démultipliés. Car Anne Neukamp n’informe et ne manipule pas tant le regard qu’elle fait naître une forme inédite et interrogatrice, qui refuse de se livrer comme signe évident. Quant à sa palette, certes lumineuse, elle s’avère plus sourde (hormis quelques primaires) que celle de ces prédécesseurs pop. Ces données picturales concourent ainsi d’une abstraction par hybridation - on pense aux « objets hybrides » de Bruno Latour. Selon ce principe, tout signe, même le « M » arqué du logo de McDonalds, une fois basculé à 90 degrés et partiellement masqué par un aplat de peinture, devient une forme incertaine. Cette dégradation va de paire avec une impression de profondeur et de relief, laquelle relève de la technique illusionniste la plus classique : basculement perspectif, modélé, ombre et dégradé offrent une impression puissante de profondeur et de volume. La surface picturale, bien qu’extrêmement travaillée, demeure à ce titre la plus plane possible, sans boursouflure ou autre effet de matière. Car, du fond clair et neutre, traité comme s’il avait subi un effacement - suggérant une forme passée - à des silhouettes monochromes, en passant par des formes articulées rappelant les schémas mécaniques détournés par le dadaïste Francis Picabia avant 1920, il s’agit bien chez Anne Neukamp de peinture, une peinture dont la surface absorbe des données analogues au plan du support, bien plus qu’elle ne les présente à la consommation. À l’inverse de la publicité ou de toute information visant à manipuler par le biais de l’image, ces tableaux énigmatiques ne sont aucunement la communication d’une information, mais le questionnement de cette transmission, son court-circuit sensuel.

Matthieu Poirier