Aloïs Godinat

Né en 1978
Vit et travaille à Lausanne, Suisse


Expositions
  1. Emi Pie ... 2010

Biographie complète (fichier pdf)


Existe-t-il une pratique de l’écart que l’on ne puisse indexer à ce dont elle se distance ? Peut-on re-faire quelque chose au sens d’une répétition musicale ? Une poétique du déplacement qui n’ait pas recours à une poésie du modeste est-elle possible ? Autant de questions qui trouvent une réponse – positive - dans l’oeuvre d’Aloïs Godinat.

A l’instar d’autres artistes de sa génération – celle des années zéro, promesse hésitante d’un nouveau départ qui porte dans son intitulé toute l’incertitude de sa désignation – il s’agit pour Aloïs Godinat de recommencer sans renier, d’utiliser sans citer, de proposer sans contraindre et d’interroger sans discourir.

Affiches recollées, objets obsolètes reconstruits et instruments génériques (tiges, bâtons, etc.) pointant un usage potentiel, constituent le répertoire de formes et de gestes de l’artiste. Formes et gestes, car un double paradigme, musical et performatif, sous-tend sa pratique, tout comme celles, notamment, de l’Américaine Trisha Donnelly ou du duo américano-cubain Allora & Calzadilla.

Cette dualité est présente dans les œuvres autant que dans les concepts employés (amplification, répétition, partition, registre, jeu, etc.). En ce sens, Aloïs Godinat dispose en quelque-sorte d’un héritage pacifié : lui qui dit s’intéresser au « design » des toiles de Christopher Wool et d’Ed Ruscha, peut approcher la question de l’appropriation sous l’angle musical (comme le fit, en son temps, son aîné Francis Baudevin) et celle de l’art conceptuel sous l’égide performative de Fluxus.

Ce « regard » qui décontextualise et recadre, qui se détache de l’objet pour laisser le sujet advenir, c’est celui qui préside aussi à ses « affiches déchirées ». L’imprimé est d’abord soustrait à sa fonction première (celle d’annoncer quelque chose en un temps donné grâce à sa capacité d’affichage), puis déchiré, c’est-à-dire à la fois « détruit » (détaché de sa valeur d’usage) et re-sémantisé ; enfin, comme par réitération de sa fonctionnalité, le fragment est re-collé au mur pour s’offrir à une lecture entièrement renouvelée.

De ce processus de « transformation », Aloïs Godinat ne cherche pas à tirer des effets spectaculaires ou de prestidigitateur : il semble plutôt en apprécier chaque étape, explorant ses mécanismes et agrandissant à chaque intervention son aire de jeu.

Lionel Bovier