Pétaflops

Une exposition de Eric Baudart
2008


Les expositions d’Eric Baudart s’apparentent souvent à un paysage mental, un mélange de souvenirs et d’impressions, de réminiscences et de sensations où l’objet devient image et où l’image se transforme en objet. Mais elles peuvent aussi se percevoir comme des espaces virtuels en suspend où chaque objet ou image d’objet tente d’affirmer à travers sa présence matérielle son pouvoir de séduction et son caractère illusoire.

Chez Eric Baudart la séduction s’opère par le choix des matériaux solides ou friables, translucides ou opaques, liquides ou épais, froissables ou diaphane que l’artiste confronte (l’acier lourd des boules de pétanques sur un bloc de mousse friable), malmène (ce papier froissé saisi au scanner), ou étale (le plâtre ajouté sur les murs ou la résine moulant grossièrement un sofa). Des effets de transparence, de reflet, de réverbération apparaissent comme pour contredire ces matières parfois trop réelles : présence discrète mais persistante du plexiglas sur le Diasec ; surfaces miroitantes du mylar, translucides de la résine, ou transparentes de l’eau et de la colle ; effets de flair provoqués par la caméra (Black Hole) ou de réverbération provenant des scanners… Le matériel laisse la place au fugace (la méduse translucide qui le temps d’une seconde disparaît dans l’obscurité), à l’illusoire (la lune que la caméra haute définition ne parvient jamais à fixer).

Rien dans ce paysage ne semble distinguer l’objet de la matière et de l’image. Tout est virtuel et réel, intact et recomposé. Cette indétermination brouille notre perception et démultiplie les niveaux de réalité.

Le titre Pétaflops se réfère aux ordinateurs pétaflopiques capables de calculer dix millions de milliards d’opérations par seconde. Les univers d’Eric Baudart semblent caresser ce désir d’une œuvre qui, à l’image de ces machines ultraperformantes, serait en mesure de démultiplier à l’infini les impressions ressenties à chaque seconde. Ou l’un et l’autre ne seraient-ils finalement que des leurres ?

Véronique Souben

Mai 2008