Lac Datch

Une exposition de Nicolas Moulin
2007


"J’ai un jour rêvé qu’un train sans pilote m’emmenait au bout d’une ligne malgré moi sans espoir de retour. La station Terminus nommé LAC DATCH etait un endroit dévasté, peuplé de fantomes. Je m’enfuyais en empruntant un escalator en panne recouvert de débris de toutes sortes. Dehors un lac gris dans un décors aride s’étendait a perte de vue sous un soleil de plomb et sous un ciel bardé d’éclairs avec un sentiment de catastrophe imminente. Lac datch est un film réalisé en vidéo montré derrière un rempart. Fiction sans narration au rythme ralenti évoquant un monde ou des personnages assistent impuissants à l’imminence de leur propre fin".

La galerie Valentin présente la vidéo « NACHDATCH » réalisée en trois dimensions, d’une durée de six minutes ainsi que la réplique à échelle réduite du Ryugyong hôtel de Pyong Yang, capitale de la Corée du Nord, nommée « DATCHOTEL RYUGYONG ». Nicolas Moulin distingue cette réplique d'une sculpture et la qualifie de "minimisation poupée pat", en référence directe à l'oeuvre Le Dieu du Centaure de Phillip K Dick. Par ailleurs, « Ryugyong » signifie littéralement «  La capitale des saules », ce qui n’est autre qu’un des noms historiques de Pyongyang. L’hôtel Ryugyong est un gratte ciel à forme pyramidale de trois cent trente mètres de haut, dont la construction fut conçue par le cabinet d’architectes « Baikoosan Architects Engineers », durant la guerre froide, afin de concurrencer la construction du  Swissôtel « The Stamford » à Singapour et ainsi d’édifier le leader Kim Il Sung puis son fils Kim Jong-il. Cet hôtel devait être la construction la plus édifiante du pays et avoir le statut de plus haut hôtel au monde. Mais sa construction s’est interrompue en 1992, soit il y a quinze ans. De ce projet ambitieux, il ne reste qu’une structure en béton armé sans fenêtre ni aménagement intérieur.

Mais Nicolas Moulin, révèle qu’une autre version existe à cette réalité historique. Le Ryugyong hôtel se localiserait au bord du lac Datch au-dessus duquel passeraient la nuit d’étranges molosses volants. Cette autre réalité serait une réalité subjective, qui serait le fruit d’ « un après monde » localisé dans notre esprit à la manière des mondes miroirs du maître de la science fiction Phillip K Dick dans son œuvre  Le maître du haut château . Dans ce livre, Phillip K Dick crée une mise en abyme entre deux ucronies, c’est-à-dire qu’il réinvente la réalité historique en en modifiant le cour et que cette action même est faite par un personnage du roman. De la sorte, le lecteur est plongé dans un labyrinthe temporel. À la manière de Phillip K Dick, Nicolas Moulin invente une réalité alternative à la réalité historique en imaginant une autre destinée au Ryugyong hôtel. Nous sommes alors amenés à nous interroger sur le statut de ces réalités. Sont-elles équivalentes ? L’une est –elle plus vraie que l’autre ? Dans cette œuvre, Nicolas Moulin nous rappelle la relativité des réalités aussi bien objectives que subjectives. A cette citation célèbre de Phillip K Dick «  La réalité c’est ce qui continue d’exister lorsque l’on cesse d’y croire », on pourrait répondre avec lui que la réalité de la croyance, la réalité subjective n’est pas moins réelle que l’autre réalité, même si elle nous est propre. Et si la réalité n’était qu’un point de vue ?