La beauté des canons

Une exposition de Etienne Bossut
2005


Pour cette exposition personnelle à la galerie Valentin, Étienne Bossut propose une série de nouvelles œuvres.

"Carpet bombing" est une installation au sol d’une centaine de douilles d’obus moulées, de couleurs différentes. "Tapis de bombes, ici, peut être pris au sens décoratif, un tapis avec du jaune, du vert, du rouge, du bleu et du noir, un aspect très ludique, les objets colorés faisant penser à des jouets (jouer à la guerre). Le tout soigneusement composé, ou calculé, comme la répartition des munitions dans cette technique épouvantable de bombardement massif - carpet bombing -, où aucun espace n'est épargné, mettant l'adversaire "au tapis", le réduisant à l'épaisseur d'une carpette. Dans l'image du journal, on voit les nombreuses douilles, entourées d'un cercle rouge pour les repérer, preuve absolue du drame qui vient de se dérouler. Le moulage, est lui aussi, grâce à l'empreinte, la preuve d'une existence: trace de l'animal ou du pneu, dans la boue du chemin, mémoire d'un masque mortuaire etc... Comme les douilles multicolores abandonnées dans les vignes par des chasseurs indélicats, les douilles d'obus de char de "Carpet bombing" font penser à une formidable canonnade, bien au delà des tirs aux grives" (Etienne Bossut).

"Miroirs" est une série de moulages sobres, gris bleu clair, de diamètres différents dont la surface lisse et brillante réfléchi comme le miroir moulé.

"Fantôme du jardin" est un ensemble de mobilier de jardin moulé en résine translucide composé de trois chaises et d’une table sur laquelle sont posées des copies de documents des années 30 traitant déjà du plastique dans l'exposition.

Depuis 20 ans, Étienne Bossut réalise des moulages en polyester d’objets ou de formes préexistantes: des ready-made empêchés, duplicatas subjectifs du réel qui se jouent des frontières entre l’original et la copie. Le plus souvent, ce sont des moulages d’objets quotidiens, produits en série ou de grande consommation appartenant à notre paysage mais dont nous n’avons pas nécessairement conscience.

L ’oeuvre d’Etienne Bossut opère à différents niveaux. Le moulage en déplaçant le statut initial de l’objet crée un flottement avec la fonctionnalité de l’original. La couleur et l’aspect rompent l’idée d’une simple représentation. Les rapport entre les formats, la multiplicité et les couleurs retranscrivent également de cette dualité. La première lecture, d’une fausse évidence, est ludique. La seconde s’appuie sur la dimension critique et conceptuelle du travail.

Parallèlement (9 Avril - 5 Juin 2005), exposition “TRAVAUX” à la Chapelle du Genêteil, Centre d’Art Contemporain, Château Gontier.